Climat

Un rôle majeur du méthane dans le réchauffement climatique

La concentration de méthane dans l’atmosphère a beaucoup augmenté depuis 2007. Les hausses de 2014 et 2015 font craindre que les scénarios les plus pessimistes de gaz à effet de serre ne se réalisent. L’objectif de limiter l’élévation des températures à 2°C sera difficile à atteindre si le méthane poursuit sur cette tendance et si les efforts portent uniquement sur le CO2.

Une étude parue le 12 décembre 2016 dans la revue Environmental Research Letters montre que la concentration de méthane est digne du pire des scénarios envisagés par la communauté scientifique. Les chercheurs soulignent l’intérêt qu’il y aurait à réduire les émissions liées à l’agriculture et aux combustibles fossiles pour limiter le réchauffement planétaire à 2°C. Les scientifiques estiment qu’une hausse de plus de 2°C de la température pourrait avoir des répercussions profondes et irréversibles sur le climat : inondations de nombreuses villes côtières et de pays insulaires ; sécheresses et canicules avec de graves conséquences pour l’agriculture et l’eau potable dans certains Etats.

Après une période de hausse modérée au début des années 2000 (environ +0,5 parties par milliard par an entre 2000 et 2006), les concentrations de méthane ont augmenté beaucoup plus rapidement à partir de 2007 (+6,7 ppb par an entre 2007 et 2015) avec des pointes à +12,5 ppb en 2014 et +9,9 ppb en 2015. Ce qui  porte la concentration à 1834 ppb en 2015. Un niveau plus de deux fois supérieur à celui d’avant la révolution industrielle, en 1750.

Concentration mensuelle entre juillet 1983 et septembre 2016. Source : NOAA.

Concentration mensuelle entre juillet 1983 et septembre 2016. Source : NOAA.

Sur la dernière décade, il semblerait que les émissions de méthane aient été particulièrement dopées par l’agriculture, d’après l’étude parue dans Environmental Research Letters. Les autres contributions supplémentaires seraient la production de combustibles fossiles et les zones humides.

Cette hausse récente n’est malheureusement pas compatible avec les scénarios permettant une limitation du réchauffement à 2°C au-dessus de l’ère préindustrielle, ni même avec le scénario RCP 6.0 qui prévoit un réchauffement compris entre 2 et 3,7°C à la fin du 21è siècle par rapport à la période 1850-1900.  La tendance récente s’aligne plutôt vers le RCP 8.5, le pire des scénarios prévus par le GIEC, qui pourrait se solder par +5,4°C.

Observations de la concentration de méthane par rapport aux tendances prévues par les scénarios RCP. Source : Saunois et al.

Observations de la concentration de méthane par rapport aux tendances prévues par les scénarios RCP. Source : Saunois et al.

Le CO2 est responsable d’environ 80 % du réchauffement climatique mais le méthane peut faire beaucoup de dégâts en très peu de temps. C’est un gaz à effet de serre particulièrement puissant : 34 fois plus que le CO2 au bout de 100 ans et 86 fois plus sur 20 ans. Le problème, c’est que les concentrations de méthane dans l’atmosphère ont particulièrement augmenté dernièrement. En février 2016, l’épisode El Nino a en outre fait grimper le thermomètre à +1,6°C au-dessus de l’ère préindustrielle. On comprend donc pourquoi un bond des émissions de méthane, capable de booster le réchauffement à brève échéance, est susceptible de contrarier les objectifs fixés par la communauté internationale lors de la COP 21 à Paris.

L’augmentation du méthane est difficile à expliquer, tant les sources sont variées. Les sources d’origine naturelle représentent environ 40 % des émissions de méthane, et les sources liées aux activités humaines sont responsables de 60 % des émissions. Parmi les sources naturelles, il y a notamment les zones humides (marais, mangroves, dégel du permafrost arctique). L’agriculture et le traitement des déchets représentent environ 60 % des émissions liées aux activités humaines. Les ruminants représentent 30 % des émissions d’origine anthropique et la culture du riz environ 10 %. L’exploitation et le transport des énergies fossiles (charbon, gaz naturel, pétrole) participent également à la libération du méthane fossile présent dans le sous-sol. Sans surprise, la Chine est fortement impliquée dans la hausse des émissions anthropiques. Les Tropiques ont aussi eu une contribution majeure entre 2003 et 2012.

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2 réponses »

  1. En complément avec cet excellent article, voici un article issu du blog artic news qui montre que depuis fin octobre nous assistons à une libération massive de méthane au niveau de l’océan arctique. Ce qui est inquiétant, puisque jusqu’à présent les scientifiques pensaient que la fonte des hydrates de méthane au niveau du permafrost océanique arctique était jugulée par des colonies de bactéries digérant le méthane libéré lors de la fonte, le transformant alors en gaz carbonique dissous dans l’eau.
    Si les colonnes de méthane parviennent à s’échapper de l’océan et à se disperser dans l’atmosphère, il y a de quoi s’inquiéter.
    Les colonies de bactéries ne parviennent pas à « digérer » tout le méthane à cause d’une fonte massive des hydrates ? D’autres facteurs rentrent-ils en compte.
    Si la tendance se confirme, cela réduira d’autant plus considérablement nos marges de manœuvre pour le futur…

    http://arctic-news.blogspot.fr/2016/12/seafloor-methane.html

    Johan, je ne sais pas si tu as vu cette étude mais elle a aussi de quoi nous inquiéter, elle mentionne qu’entre aujourd’hui et 2050, de 0,45 à 0,75ppm de C02 supplémentaire pour être largués dans l’atmosphère à cause du réchauffement des sols (notamment dans l’arctique) qui accélérait notablement la minéralisation de la Matière organique des sols, sans parler de l’agriculture « moderne » responsable de l’effondrement du taux de MO dans nos sols ! :

    https://robertscribbler.com/2016/12/02/beyond-the-point-of-no-return-imminent-carbon-feedbacks-just-made-the-stakes-for-global-warming-a-hell-of-a-lot-higher/

    Si cela est confirmé, cela voudrait dire qu’il faudra d’autant plus réduire nos émissions de C02 et surtout mettre rapidement en route une agriculture qui stocke le C02 (agro-écologie et permaculture) et abandonner rapidement l’agriculture intensive qui rejette massivement du C02 dans l’atmosphère, de même que du méthane !

    Yoann

    • Merci pour ton commentaire. Le premier lien fait référence à un phénomène inquiétant s’il avait lieu mais je ne crois pas que les travaux aient été publiés dans une revue scientifique. Le second lien, en revanche, m’a l’air plus de pointer un risque plus avéré puisque l’étude a été publiée dans Nature. +0.71 ppm par an jusqu’à 2050, ce serait une hausse significative en effet.

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