Climat

Température mondiale : 2022, cinquième année la plus chaude

Avec +0,494°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, l’année 2022 est la 5e plus chaude des archives ERA5. Par rapport à la nouvelle période de référence 1991-2020 utilisée par ERA5, l’anomalie est de 0,30°C. Des records de chaleurs ont été battus dans plusieurs pays à travers le globe, notamment en Europe.

Comme en 2021, la température a été tirée vers le bas par les conditions La Niña dans le Pacifique. L’année prend la cinquième place des annales, devançant avec +0,494°C par rapport à 1981-2010 le niveau atteint en 2021 (+0,47°C).

L’année 2022 a été plus chaude que certaines années El Niño comme 2010 (+0,32°C) . Si on remonte encore dans le temps, on constate que 2022 est nettement au-dessus de 1983 (-0,08°C) et de 1998 (+0,21°C), années pourtant marquées par deux des trois plus gros El Niño jamais observés. La tendance de fond est à un réchauffement de 0,192°C par décennie depuis 1980 et 0,238°C/décennie sur les vingt dernières années.

L’année 2022 s’est terminée avec un mois de décembre affichant une anomalie de +0,47°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, ce qui en fait le 7e mois de décembre le plus chaud des annales ERA5.

La carte pour l’année 2022 dans son ensemble, ci-dessous, montre bien les températures de surface de la mer plus froides que la moyenne dans l’est du Pacifique, signe de conditions La Niña.

Carte d’anomalies pour l’année 2022 par rapport à la moyenne 1981-2010. Source : ERA5

Les huit années les plus chaudes des archives ERA5 sont toutes des années post-2015. Un fait d’autant plus remarquable au vu de la prédominance des conditions La Niña depuis 2015 (hivers 2016-2017, 2017-2018, 2020-2021, 2021-2022, 2022-2023).

Les pays d’Europe de l’Ouest ont connu des températures record en 2022. Des records de chaleur ont été battus en France, au Royaume-Uni, en Irlande, en Allemagne, en Espagne, en Suisse, voire en Italie (données provisoires jusqu’à novembre).

En France, l’année écoulée se solde par un record de température moyenne avec 14,51°C, nettement devant le précédent maximum de 2020 (14,07°C).

Source : Indicateur thermique national (Infoclimat)

Au Royaume-Uni, le record est également battu en 2022, d’après le Met Office. La température moyenne atteint 10,03°C sur l’année 2022. C’est la première fois que la barre des 10°C est franchie. L’Angleterre (10,94°C), le Pays-de-Galles (10,23°C), l’Ecosse (8,5°C) et l’Irlande du Nord (9,85°C) pris individuellement affichent tous des records. L’Irlande (l’Etat indépendant du Royaume-Uni) a aussi enregistré l’année la plus chaude de ses archives avec une moyenne de 10,8°C, d’après Met Eireann.

Source : d’après les données du Met Office

En Allemagne, la moyenne atteint 10,52°C, le plus haut niveau enregistré depuis 1881, d’après l’institut DWD. 2022 devance de peu 2018.

Source : d’après les données de DWD

En Espagne, Aemet a publié un bilan provisoire faisant de 2022 l’année la plus chaude avec une température moyenne annuelle supérieure à 15°C, devant 2017 et 2020.

En Italie, des données provisoires (janvier-novembre) de ISAC-CNR indiquent que l’année 2022 pourrait également être l’année la plus chaude des archives avec une anomalie sur les 11 premiers mois de l’année de +1,15°C au-dessus de la moyenne 1991-2020 (le record sur janvier-décembre est pour le moment de 0,75°C en 2018).

En Suisse, la température annuelle à l’échelle du pays a atteint 7,4 °C (1,6 °C au-dessus de la norme 1991-2020), d’après MétéoSuisse. C’est de loin la valeur la plus élevée depuis le début des mesures en 1864.

Au niveau global, pour calculer la température mondiale par rapport à la période préindustrielle, il faut utiliser une autre archive que celle d’ERA5 car celle-ci remonte à 1979 seulement. Différentes méthodes peuvent être utilisées pour évaluer l’anomalie par rapport à la période préindustrielle. Deux archives, celles du Met Office et de Berkeley Earth, présentent l’avantage de remonter aux années 1850. L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) utilise les données du Met Office pour produire des estimations des archives qui ne remontent pas à la période préindustrielle.

L’année 2022 a été marqué par une anomalie de +1,20°C par rapport à 1850-1900, d’après la combinaison entre ERA5 et HadCRUT5. Les deux années les plus chaudes ont été 2016 et 2020 avec respectivement +1,337°C et +1,33°C.

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4 réponses »

  1. Bonjour Johan,
    Bonne année 2023, bonne santé et surtout bonne continuation de votre blog francophone qui est une référence en climatologie.
    Avez-vous pu calculer la température globale de décembre 2022 ou est-il trop tôt pour le faire ?

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    • Bonjour Jacques,
      Merci beaucoup, je vous souhaite une excellente année également. L’anomalie de décembre 2022 a été de 0.47C au-dessus de 1981-2010, la 7e anomalie des annales.

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  2. Bonjour et merci pour vos synthèses toujours intéressantes.
    Si les températures de 2022 ont pu être tirées vers le bas par les conditions La Niña dans le Pacifique, quel pourrait avoir été l’incidence de l’éruption paroxysmale du volcan Hunga Tonga survenue le 15 janvier 2022 ?
    Une communication de décembre du CNRS https://www.insu.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/limpact-inattendu-de-leruption-de-hunga-tonga-sur-la-stratosphere note que l’explosion sous-marine aurait émis des volumes colossaux de vapeur d’eau dans l’atmosphère et évalue le bilan de son effet radiatif positif à 0,2 Wm2.
    L’excès de vapeur d’eau peut-il persister les années à venir sous conditions El Niño et contribuer à de nouveaux records de chaleur ?

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    • Merci,
      Les conséquences semblent assez complexes à analyser car des facteurs aux effets opposés s’annulent mutuellement, semble-t-il. On m’avait déjà posé une question sur cette même étude il y a peu. Voici ce qui avait été rapporté sur cette étude (https://www.nature.com/articles/s43247-022-00618-z) : il n’y a pas eu d’injection massive de dioxyde de soufre, à peine 2% de qui a été émis par le Pinatubo en 1991. Il a donc d’abord été suggéré que l’impact du Hunga Tonga sur la couche d’aérosol stratosphérique et le climat était négligeable. Donc que l’effet refroidissant serait minime. Mais contrairement aux premières estimations, des analyses ont montré la formation très rapide d’aérosols en raison de la disponibilité exceptionnellement importante en vapeur d’eau, donc un effet refroidissant peut-être plus important que prévu.

      D’un autre côté, la vapeur d’eau massivement injectée dans la stratosphère par l’éruption du volcan sous-marin a un effet de réchauffement. Et c’est ce effet qui l’emporte au final. L’effet radiatif combiné des aérosols et de la vapeur d’eau a conduit à un réchauffement à l’échelle globale de l’ordre de 0,2 W/m2. Comme le suggère le compte-rendu du CNRS que vous évoquez, cette vapeur d’eau pourrait persister sur une durée de 2 à 3 ans. Ces 0,2 W/m2 ne sont pas négligeables mais c’est à relativiser au regard des plus de 2 W/m2 de forçage dus rien qu’au CO2.

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