Selon une nouvelle étude, il faudra attendre 2060 pour savoir à quel point le niveau de la mer augmentera d’ici la fin du siècle. L’incertitude provient de l’Antarctique : deux mécanismes pourraient avoir un impact majeur sur la vaste calotte de glace.
La fourchette d’élévation du niveau de la mer est assez large pour le siècle à venir, selon les différentes estimations. Prenons par exemple un scénario de fortes émissions de gaz à effet de serre (le RCP 8.5) : la prévision centrale du dernier rapport du GIEC est de 74 centimètres pour 2100. Mais des études plus récentes ont fait état d’un risque d’élévation de 1,8 m. Selon que l’on retienne l’hypothèse pessimiste ou optimiste, il y a de quoi submerger entre 100 et 150 millions de personnes dans la répartition géographique actuelle.
En plus d’inonder de façon permanente certaines régions côtières, l’élévation du niveau de la mer aggravera les dégâts provoqués par les ouragans.
Une nouvelle étude publiée dans Earth’s Future conclut que les scientifiques ne seront pas en mesure de préciser avant quelques dizaines d’années l’ampleur de la menace. C’est du côté de l’Antarctique que proviennent les principales incertitudes.
Nous pourrions nous retrouver avec une élévation du niveau de la mer de 2,4 m en 2100, selon Robert E. Kopp, auteur principal de l’étude. Mais il est peu probable que nous en ayons des preuves évidentes d’ici 2050.

L’objectif de l’Accord de Paris conclu en 2015 pourrait permettre de contenir l’élévation du niveau de la mer. Cet accord ambitionne de ramener les émissions nettes de gaz à effet de serre à zéro dans la seconde moitié de ce siècle.
Pour déterminer avec plus de précision les risques à venir, la nouvelle étude combine une projection d’élévation du niveau de la mer bien établie avec un modèle de calotte glaciaire prenant en compte deux mécanismes qui pourraient mener à l’instabilité de l’inlandsis.
Une modélisation récente de la calotte antarctique, développée par deux des coauteurs de l’article, Robert DeConto (Université du Massachusetts) et David Pollard (Université d’État de Pennsylvanie), indique en effet que les réserves de glace du continent pourraient être moins stables qu’on ne le pensait auparavant. Ils pointent deux facteurs : l’hydrofracturation et l’effondrement des falaises.
Le processus appelé hydrofracturation est impliqué dans la désintégration de la plateforme glaciaire de Larsen B en 2002 dans la péninsule antarctique. Aujourd’hui, les températures estivales approchent voire dépassent légèrement 0°C à la surface de certaines plateformes. Il ne suffirait que d’un petit réchauffement atmosphérique pour augmenter considérablement la surface concernée par la fonte et les précipitations d’été. Les plateformes peuvent être déstabilisées par le dessus en raison des infiltrations à l’origine de crevasses.
Cette fonte des plateformes laisse de larges pans de la côte antarctique avec des falaises de près de 100 mètres de haut exposées à l’océan et susceptibles de s’écrouler. Une fonte totale des plateformes favorisée par le réchauffement de surface placerait ces falaises en première ligne avec un risque accru d’effondrement. Si l’on ne prend en compte que la fonte d’origine marine, on ne parvient pas à anticiper une telle menace sur les falaises de l’Antarctique.
L’interaction entre l’hydrofracturation et l’effondrement des falaises de glace pourrait entraîner un niveau global de la mer beaucoup plus élevé qu’annoncé dans le rapport d’évaluation 2013 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Aujourd’hui, la fonte des plateformes de glace de l’Antarctique est principalement due au contact avec l’eau chaude. Mais d’après DeConto et Pollard, dans les scénarios les plus pessimistes d’émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement atmosphérique devrait supplanter l’océan comme le facteur dominant de la débâcle.
Les chercheurs font des progrès, mais ne savent toujours pas exactement quand ces processus pourraient se déclencher ni à quelle vitesse le niveau de la mer pourrait augmenter en réponse. Les plateformes de glace sont la clé. Elles retiennent le flux de glace de l’Antarctique vers l’océan. C’est pourquoi il est essentiel de contrôler les températures à l’échelle mondiale et de ne pas dépasser le seuil de 3°C.
Des périodes chaudes antérieures marquées par un niveau de la mer nettement supérieur à celui d’aujourd’hui – jusqu’à 20 mètres – laissent penser que la calotte glaciaire de l’Antarctique a dû être un acteur majeur de l’élévation. Il y a environ 3 millions d’années, le niveau de la mer était de 20 mètres supérieur au niveau actuel avec une concentration de CO2 d’environ 400 ppm, comme au début du 21è siècle.
Les modèles simulant l’évolution des calottes glaciaires ne permettaient pas jusqu’à présent de reproduire l’élévation du niveau des mers qui a eu lieu lors de certaines périodes passées qui furent pourtant à peine plus chaudes qu’aujourd’hui. La seule explication serait donc une plus grande sensibilité de l’Antarctique, y-compris la partie Est réputée la plus stable.
Le GIEC a estimé dans son précédent rapport que l’élévation du niveau de la mer dans un avenir à forte émission se situerait probablement entre 60 centimètres et 1 mètre d’ici 2100. L’instabilité des falaises pourrait conduire au-delà de 2 mètres dès 2100, selon Kopp et ses coauteurs. En revanche, cette instabilité n’aura pas beaucoup d’effet si nous atteignons l’objectif d’émissions de l’Accord de Paris. Ce dernier permettrait de contenir la hausse mondiale probable entre 30 et 90 centimètres.
Avec le scénario RCP 8.5, la nouvelle estimation de Kopp et al. induit une fourchette probable de 93 cm à 2,43 m d’élévation du niveau de la mer. Une telle augmentation submergerait de 106 à 235 millions de personnes sur la planète en 2100. Dont la moitié en Chine, au Bangladesh et au Vietnam.
Le niveau continuerait ensuite à augmenter : en 2300, la hausse de la mer serait de 9 à 15 mètres. Entre 765 millions et 1,162 milliards d’individus seraient alors concernés dans la configuration démographique actuelle.

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