Aggravation imminente du réchauffement climatique
Nous sommes au début d’un phénomène El Niño qui provoque une augmentation des températures planétaires. Ces prochains mois, elles s’élèveront probablement de quelques dixièmes de degré, de plus en plus loin des valeurs connues de l’Humanité. James Hansen estime que le seuil de 1.5°C sera temporairement dépassé au printemps 2024. Ce seuil a déjà été momentanément franchi au cours des premiers jours de septembre. Les données ERA5 pour la période du 1er au 13 septembre, couplées aux archives du Met Office, montrent que la moyenne provisoire mensuelle est de 1.6°C sur les 13 premiers jours de septembre.
Nous courons dès lors un sérieux risque de dépassement du seuil d’1,5°C. Un rapport récent de la commission Climate Overshoot Commission, qui inclut Pascal Lamy, s’est penchée sur ce problème. Ils recommandent de réduire rapidement les émissions, de s’adapter aux impacts inévitables, d’extraire le carbone de l’atmosphère et un moratoire accompagné de recherche sur la géo-ingénierie SRM.
Selon le GIEC, nous allons au devant d’une vingtaine d’années, où, même avec des fortes réductions, la température de la Planète augmentera et provoquera de plus graves catastrophes. Nous verrons donc ces prochaines années les inondations de nos villes augmenter, elles monteront progressivement des chevilles jusqu’à la taille, et le passage aux énergies renouvelables nous évitera une aggravation supplémentaire, qui emporterait les bâtiments. Les perspectives sont semblables pour les vagues de chaleur.
Alors au cours des prochaines décennies, les morts se compteront par centaines, par milliers, puis par dizaines de milliers. Les événements climatiques extrêmes seront plus graves et plus répandus sur Terre. La semaine passée, les températures record de la Méditerranée, et les changements climatiques du courant-jet ont provoqué plus de dix mille morts en Libye. Bien sûr, il est souvent possible de prévenir et d’évacuer, mais ces situations d’urgence s’accumuleront et deviendront notre quotidien. Lorsque les 90% de la surface d’un pays sont inondés, il n’y a plus de lieux sûrs. Les cyclones bombes se forment en moins de 24 heures ce qui limite le temps de réaction. Il faudrait être prêts à évacuer des villes de millions d’habitants. Les vagues de chaleur, les inondations, les ouragans hors norme s’aggraveront. Les images des pays en voie de développement semblent crier: Morituri te salutant (ceux qui vont mourir te saluent)!. Je ne veux pas de ces catastrophes, j’espère qu’il est possible de les prévenir autant que possible, même s’il est maintenant très tard.
Réduire l’effet de serre
J’aimerais que la quantité de gaz carbonique dans l’ atmosphère soit réduite dès que possible, autant que possible. Cela limiterait les risques. Une réunion consacrée aux émissions agricoles s’est tenue récemment à Wageningen. Les experts mettent en garde contre la tentation de placer tout l’espoir dans les solutions agricoles. La réduction d’émissions doit être la priorité. Les plans d’élimination des énergies fossiles et le passage au solaire doivent bien sûr se poursuivre et être menés à leur fin, mais ils porteront leurs fruits dans une vingtaine d’années. Je considère que des grands plans de capture de carbone par la végétation pourraient être mis en place en parallèle et réalisés au cours de ces vingt ans, pour pallier à la période la plus dangereuse. Ces efforts doivent commencer en 2023 ou 2024. Les plantes sont en grande partie composées de carbone et constituent un excellent outil de capture. Le sol est le plus grand réservoir de carbone de la Planète, il peut en inclure plus et nous devons absolument éviter sa libération dans l’atmosphère (blog sol).
L’initiative française quatre pour mille (4p1000) proposait d’accumuler du carbone dans le sol, et transformer un danger mortel en sol fertile. J’aime beaucoup cette idée, cette solution me paraît la meilleure pour l’environnement, pour la stabilité du climat et pour la santé humaine.
Une étude récente sur les émissions de l’agriculture estime que celle-ci pourrait fournir des émissions négatives de 33 Gt par année, c’est-à-dire absorber la majorité d’émissions de carbone actuelles. Dans leur modèle, la réduction d’émission la plus importante proviendrait d’une fabrication d’engrais sans usage d’énergie fossile, alimentée par l’hydrogène. Personnellement, je crois que l’agriculture pourrait largement s’en passer et devenir biologique. Ensuite, une alimentation différente du bétail, un ajout d’algues ou une alimentation précoce en prairie provoquerait une sérieuse réduction d’émissions. Les sols peuvent aussi être couverts de poussière de roches broyées qui fixerait le carbone atmosphérique et réduirait directement l’effet de serre. L’agroforesterie mènerait au même résultat. Dans cette étude, l’agroforesterie est planifiée seulement sur les terres abandonnées. Elle pourrait aussi être appliquée sur des terres actuellement cultivées, en culture combinée, qui les protégerait de la chaleur. Le potentiel est immense.
Les techniques de capture de carbone incluent l’usage :
- du compost ( des plantes digérées par des bactéries et des animaux du sol);
- du biochar, c’est à dire la fabrication et l’enfouissement de charbon de bois à partir de végétaux partiellement carbonisés. L’utilisation de biochar réduit les émissions du gaz à effet de serre N20 du sol. Le matériau proviendrait soit de plantes cultivées dans des champs séparées, soit de restes végétaux, mauvaises herbes, paille des céréales, couverts végétaux. Des composés dérivés de la carbonisation se répandent dans le sol, affectent l’écosystème et pourraient se trouver dans les aliments humains. Cependant le feu existe dans la nature, il a même été utilisé pour enrichir des sols pauvres.
- de poudre de roches qui fixe spontanément le gaz carbonique (Enhanced weathering). Des essais ont été effectués avec l’olivine, la poudre de roches broyées aux bords des glaciers du Groenland, et avec du basalt.
- la culture d’algues dans des zones marines précises, en particulier les zones mortes ou sujettes à l’eutrophisation. Bien conçue, elle pourrait même restaurer les écosystèmes.
- une meilleure alimentation du bétail : les émissions du bétail nourri de grain peuvent être réduites de 25-80% en ajoutant des algues aux aliments. Le bétail qui paît dans les prés émet 25% de méthane en moins s’il est nourri d’alfalfa, et la pâture tôt dans la saison réduit les émissions de 45%.
- l’arrêt du chalutage en eau profonde et son remplacement par la pêche au pot, moins invasive pour les fonds des océans, permettraient aussi de réduire les émissions de carbone de 58%, et de sauver ces écosystèmes.
- les couverts végétaux sont aussi une bonne solution pour enrichir les sols, ainsi que l’utilisation de plantes aux longues racines, qui enfouiraient naturellement beaucoup de carbone (lien).
La figure ci-dessous montre les réductions d’émissions (a) en haut) et la quantité de carbone capté (b, en bas) par différentes techniques agricoles. Notamment, les ajouts des roches dans les champs, le biochar et l’agroforesterie sont très efficaces. L’agroforesterie est bénéfique à plusieurs niveaux, et pourrait être déployée sur une surface plus importante. Les effets du biochar et de la poudre de roches sur le sol et sur la santé humaine doivent être vérifiés, les chiffres avancés par cette étude pourraient aussi être contrôlés, mais le potentiel des sols et des plantes est vraiment immense.

L’alimentation végétale est une excellente solution pour la Planète. Si celle-ci était combinée à la reforestation des terres utilisées pour alimentation du bétail, notamment des régions Amazoniennes, elle mènerait aussi à une forte réduction d’émissions de carbone. L’alimentation constitue la plus importante source d’émissions de carbone en Europe (lien).
Une autre étude publiée dans Nature Communication montre que le remplacement de la moitié de viande et de lait par des protéines végétales conduirait à une réduction d’émissions agricoles d’un tiers en 2050. Les terres dévolues à l’agriculture pourraient être réduites de 12% alors qu’en cas de progression de l’alimentation carnée, celles-ci s’étendront. La quantité d’azote utilisée par l’agriculture conventionnelle diminuerait de moitié.
Il me semble que c’est facile à faire, si la brique de lait la moins chère contient du lait d’amandes, ou si le burger bon marché contient des pois, de nombreux consommateurs l’achèteront. Il suffit de vendre ces produits aux prix bas logiques vu leurs coûts de production.
L’agroforesterie, et la reforestation ou le reboisement doivent être mises en place immédiatement partout où c’est possible, à part les sols agricoles vraiment utiles et les prairies anciennes. Ces initiatives peuvent et doivent commencer maintenant. L’agroforesterie protégera peut-être les terres des pays chauds de la désertification, et pourrait sauver la vie des agriculteurs en les protégeant des chaleurs extrêmes. C’est la solution la moins coûteuse, et la plus efficace. Elle mobilise cependant les terres pour plusieurs années et la capture de carbone est vraiment efficace après quelques années, quand les arbres ont un peu grandi.
La culture d’algues pourrait capter 10,7 Gt de CO2 par année, sans empiéter sur les terres, mais nécessite un investissement financier plus élevé.
Au cours de ces dernières années, les catastrophes ont largement dépassé les prévisions. Leurs coûts et les risques financiers sont encore sous-estimés. Nous devons faire baisser le carbone atmosphérique très vite, en parallèle avec le passage aux énergies renouvelables. Nos gouvernements devraient engager les agriculteurs pour capter du carbone de l’air. La concentration de carbone dans l’atmosphère serait limitée et les conséquences de même. La déforestation doit être inversée et la forêt doit reprendre sur les sols défrichés. Cela devrait être fait à une très grande échelle, pour capter la majorité des émissions dans le sol. Il en va de la sécurité de toutes les villes de la Planète. Dans vingt ans, nous saurons s’il faut plus de mesures pour sauver nos vies ou si le climat est stabilisé.
Blogs descriptifs au sujet du sol et des solutions liées:
L’effet de serre pourrait devenir humus fertile: Lien
Les sols de toute la Planète absorberont le carbone
Addendum le 17 octobre: Une étude menée dans des oliveraies espagnoles a montré que les couverts végétaux, des plantes qui poussent près du sol et le protègent, ont réduit l’érosion de 85% et la perte de carbone de 76% https://phys.org/news/2023-10-crops-carbon-loss-soil-mediterranean.html

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